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L’aube commençait à pointer au-dessus de la masse montagneuse percée en toute parts d’ouvertures de grottes plus ou moins grandes. A perte de vue, tout n’était que terre noirâtre et rochers, si ce n’est un petit bois touffu dont le sol était recouvert d’un épais humus qui fumait ; la chaleur du sol mélangée à la putréfaction des feuilles mortes permettait ce phénomène. La saison hivernale serait bientôt là et le givre fixé sur les branches d’arbres centenaires et les quelques rares touffes d’herbes l’attestait. L’hiver s’annonçait et il allait être rude…
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Un panonceau pendait de guingois au bout d’un pieu recouvert de mousse et pointait un petit chemin qui serpentait en zigzag le long du flanc de la montagne. Une inscription indiquait en vieilles runes gravées à même le bois :
« VERS MOUNTYHALL ».
Un peu plus bas, écrit en lettres de sang, on pouvait lire :
« Vou ki entrai issi, abandonnai tou espoar ! »
Qu’avait-il bien pu arriver à l’infortunée créature qui avait écrit cela de son propre sang ? elle seule le savait et elle avait probablement emporté ce secret dans sa longue marche vers le néant et la mort…
Pas un bruit, aucun signe d’activité à des lieues à la ronde…
Quoi que…
Un petit mouvement au ras du sol attirait le regard. Une petite créature, pas plus grosse qu’un rat, dodue et recouverte d’un pelage long et dru, creusait frénétiquement au sommet d’un monticule d’humus. C’était un Hamsterangorat, occupé vraisemblablement à se creuser une galerie qui lui permettrait de passer l’hiver au chaud. Ses petites griffes envoyaient valser terre et feuilles tandis que la cavité en construction s’élargissait.
« Scriiitch ! »
L’Hamsterangorat cessa subitement de creuser, sa patte droite ayant ripé sur une surface grise et molle qu’elle zébra de 4 petites griffures parallèles. Un peu de liquide ocre et poisseux commença à s’écouler de ces 4 rainures. L’Hamsterangorat amorça un mouvement de recul tandis que la membrane de chair était agitée de tics nerveux. Paralysé par la surprise, il vit les 4 sillons se refermer progressivement, laissant apparaître une surface vierge de toute griffure…
Telle une tenture que l’on ouvre, la surface de chair se releva sur un œil dont l’iris brunâtre se rétrécit alors qu’il s’accommodait à la lumière du jour qui se levait. La couleur de l’iris passa, par une alchimie mystérieuse, à un orange vif. Il n’en fallu pas plus à l’Hamsterangorat pour opérer un demi tour complet sur lui-même et prendre la fuite !
Il buta sur une gigantesque main qui jaillit sur sa droite, l’attrapant au vol. Le tas d’humus se disloqua et un jeune Troll s’ébroua, envoyant des feuilles dans tous les sens, la pitoyable créature dans sa main droite couinant d’une manière pathétique.
Kougel Hopf n’appréciait pas les réveils matinaux… Il toisa l’Hamsterangorat tremblant, coincé dans ses grandes phalanges… Il prêta l’oreille à son estomac qui criait famine…
La dernière chose que vit l’Hamsterangorat fut une bouche pourvue de nombreuses dents acérées s’ouvrir et des refermer sur sa tête… Un craquement sinistre retentit alors que la tête quitta définitivement le corps de la bestiole pour se faufiler vers l’estomac de Kougel…
Un petit déjeuner pris sur le pouce, cela suffit à calmer la fureur occasionnée par la griffure de sa paupière gauche. La lueur orangée de ses yeux fit à nouveau place au brun, signe d’un état redevenu normal.
Kougel se releva dans un craquement de vertèbres douloureuses qui n’avaient pas supporté la position couchée sur un sol gelé et constellé de pierraille. Le tas de feuilles lui avait tout de même permis de passer une nuit dans une chaleur relative…
A présent Kougel faisait face au chemin menant au Hall. Dans un soupir, il se mit en branle en direction d’une gigantesque ouverture à même le roc…
Fin de l’épisode
Prochain épisode : Où l’on fait connaissance avec Kougel qui fait une rencontre surprenante à l’entrée du Hall… |